Thukpa

Rencontre spirituelle entre Bouddha & Jésus

Thukpa pour piano par Alexandre Bodak le 12 juin 2010 à la grande Pagode de Vincennes
Thukpa (« rencontrer » en tibétain) est une pièce pour piano seul écrite pour le concert du 12 juin 2010 de bienfaisance en soutien à la rénovation de la grande Pagode du bois de Vincennes.
Afin de célébrer la rencontre spirituelle entre Bouddha et Jésus, et également afin de matérialiser le rapprochement entre l’Orient et l’Occident, la pièce s’inspire d’éléments thématiques et harmoniques tirés des Vingt regards sur l’Enfant-Jésus d’Olivier Messiaen et de la mélodie de Gyallu, l’hymne tibétain dont le texte célèbre la parole de Bouddha, ainsi que d’œuvres religieuses de Franz Liszt.

Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus

Vingt Regards sur l’Enfant-Jésus est une œuvre composée par Olivier Messiaen en 1944. Il s’agit d’une pièce « mystique » centrée sur le Christ passé, présent et futur. Au travers de vingt « regards » qui constituent autant de mouvements, des thèmes souvent récurrents traversent l’œuvre dont : le thème de Dieu, le thème de l’Étoile et de la Croix (« le même thème parce que l’une ouvre et l’autre ferme la période terrestre de Jésus »), le thème d’accords, le thème de la pureté dans le Regard de la Vierge, etc.

Gyallu

Gyallu est l’hymne tibétain, sa mélodie serait inspirée d’un très vieux thème issu de la musique tibétaine sacrée et les paroles ont été écrites par Trijang Rinpoche aux alentours de 1950 :

Tel un trésor qui exauce tous les voeux de bonheur et de bienfait,

La parole du Bouddha s’élève scintillante comme un diamant.

Vous Protecteurs qui veillez sur l’immense royaume du Dharma et des êtres,

Puissiez-vous étendre votre amour et votre compassion

Tel un océan sur le monde et dans l’univers.

Que la tête de l’Empereur, couronné de cent vérités, puisse atteindre le zénith.

Qu’une joie et un bonheur infinis recouvrent l’ensemble des trois provinces du Tibet,

afin que rayonne la gloire prestigieuse du pouvoir spirituel et temporel.

Que l’enseignement du Bouddha irradie dans les dix directions,

Et amène tous les êtres de tous les univers jusqu’au bonheur et à la paix.

Les qualités du Dharma et du peuple tibétain,

Resplendissent tel un soleil aux cent mille rayons bienfaisants.

Puisse leur pouvoir éclatant être victorieux du combat contre la sombre ignorance.


Structure de la pièce

Thukpa commence par Gyallu esquissé à la main droite en octaves sur un rythme lent et majestueux, la main gauche joue des arpèges, un « dranyen » (sorte de luth tibétain) vient saluer Bouddha.

Gyallu est ensuite repris à la main gauche alors que la main droite égrène un motif lisztien inspiré du Miserere d’après Palestrina (Harmonies Poétiques et religieuses). Ralentissant progressivement, l’accompagnement s’arrête sur un la qui sert de pont à l’introduction du Regard de la Vierge, le quatrième regard.

Le thème de la Vierge est suggéré en notes naturelles, puis apparaît brièvement dans sa version originelle en notes altérées, Gyallu déguisé se glisse à la main gauche, puis se montre de nouveau à la main gauche, les deux thèmes finissent par fusionner complètement dans un tempo deux fois plus lent.

Apparaît alors brièvement le thème d’accords des Vingt regards auquel répond en miroir un thème d’accords en notes naturelles.

Gyallu est ensuite joué en notes naturelles à la main gauche, alors que la main droite s’aventure dans des motifs en triples croches faisant allusion à la Prédication aux oiseaux de Liszt (Deux Légendes).

Aux triples croches de la main droite répond un motif en triples croches du Regard du silence (dix-septième regard) joué cette fois-ci aux deux mains.

Le thème de l’Étoile et de la Croix intervient ensuite (Regard de la Croix, septième regard), d’abord à la main droite, Gyallu est présent à la main gauche puis est joué brièvement dans sa version originale. Les deux thèmes s’estompent pour laisser place au thème de Dieu en berceuse (Le baiser de l’Enfant-Jésus, quinzième regard), une nouvelle fois Gyallu se faufile dans le regard de Messiaen.

Le rythme ralenti et la musique évoque brièvement Je dors, mais mon cœur veille, le dix-neuvième regard.

Le tempo se fige un instant sur une octave de l’extrême grave puis la fin de l’hymne tibétain est jouée alors que la main gauche évoque furieusement Par Lui tout a été fait, le fougueux sixième regard.

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